En Afrique, l’extension des réseaux mobiles ne suffit plus à mesurer le progrès numérique. Plus de 82 % de la population est couverte par un réseau mobile à haut débit, mais seulement 36 % utilise Internet, selon le rapport du Forum régional de développement pour l’Afrique 2026 de l’Union internationale des télécommunications (UIT), tenu les 25 et 26 mai à Victoria Falls, au Zimbabwe.
L’écart entre couverture et usage déplace le centre de gravité des politiques télécoms. Le sujet n’est plus seulement de construire des sites ou des liaisons : il faut aussi rendre la connexion abordable, fournir les équipements adaptés et créer les conditions de confiance et de compétence qui permettent de l’utiliser.
Le réseau existe, l’usage reste hors de portée
Le chiffre de 36 % agrège des situations nationales très différentes, mais il met en évidence un problème continental : une partie de la population vit dans une zone couverte sans être réellement connectée. L’UIT cite le prix de la connectivité, le coût des terminaux, les écarts entre zones urbaines et rurales et le manque de compétences numériques parmi les freins persistants.
À ces facteurs s’ajoutent les contraintes d’infrastructure. L’accès à l’électricité demeure irrégulier dans plusieurs marchés, ce qui renchérit l’exploitation des réseaux et fragilise leur disponibilité. Le forum appelle donc à traiter ensemble connectivité et énergie, plutôt qu’à considérer le raccordement comme un chantier isolé.
Le prochain investissement sera aussi réglementaire
Le rapport insiste sur la fragmentation des cadres réglementaires, les risques de cybersécurité et la faiblesse de certains dispositifs de protection des données. Ces sujets ne relèvent pas uniquement de la conformité. Ils influencent le coût du déploiement, la confiance des utilisateurs et la capacité des entreprises à proposer des services transfrontaliers.
Pour les opérateurs et les investisseurs, l’enjeu est concret : le partage d’infrastructures, l’harmonisation des règles et des projets conçus à l’échelle de plusieurs pays peuvent réduire les coûts et améliorer la prévisibilité. L’UIT recommande également de mieux préparer les projets avant leur financement, avec des résultats mesurables, des mécanismes de gouvernance et une évaluation des risques.
Du déploiement à l’adoption
Cette évolution oblige les stratégies nationales à suivre d’autres indicateurs que la seule couverture. Le prix d’un forfait, la disponibilité des smartphones, la qualité de service, les compétences, l’accès des femmes et des populations rurales ainsi que la sécurité des services deviennent des critères opérationnels de la connectivité dite « significative ».
Le forum a aussi mis en avant des approches complémentaires : réutilisation des terminaux, formation, infrastructures partagées, solutions satellitaires et coopération technique autour des ressources critiques de l’Internet. Ces pistes ne remplacent pas les réseaux terrestres. Elles peuvent en revanche réduire le coût du dernier kilomètre et accélérer l’accès là où le modèle classique reste difficile à financer.
La prochaine étape pour les gouvernements ne sera donc pas de multiplier les annonces de couverture, mais de démontrer que les réseaux sont utilisés. Cela suppose de relier les politiques télécoms à l’énergie, à l’éducation, à la protection des données et au financement de projets régionaux. Sans cette articulation, l’Afrique risque de continuer à afficher une couverture en progression tout en laissant persister un usage limité.
Sources
- Union internationale des télécommunications (UIT), rapport de résultats du Forum régional de développement pour l’Afrique 2026 — forum tenu les 25 et 26 mai 2026 à Victoria Falls, Zimbabwe ; rapport consulté le 7 octobre 2026.
- UIT, session « State of Digital Development and Trends » — données sur la couverture mobile à haut débit et l’usage d’Internet, rapport 2026.
Journaliste spécialisé en télécommunications et technologies numériques couvrant le Maroc et la région MENA.