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Mobile Money Analyse

Mobile money : le seuil des 2 000 milliards change la donne

Le mobile money a franchi un seuil symbolique : plus de 2 000 milliards de dollars ont transité par des wallets mobiles dans le monde en 2025, d’après le rapport annuel 2026 de la...

Le mobile money a franchi un seuil symbolique : plus de 2 000 milliards de dollars ont transité par des wallets mobiles dans le monde en 2025, d’après le rapport annuel 2026 de la GSMA, association qui fédère les opérateurs mobiles et l’écosystème télécom mondial.

Ce volume place désormais le paiement mobile dans une catégorie différente. Il ne s’agit plus seulement d’un outil d’inclusion financière pour populations peu bancarisées, mais d’une infrastructure de paiement de masse, utilisée pour les transferts, les paiements marchands et, de plus en plus, des services financiers adjacents.

Un marché qui change d’échelle

La GSMA estime que les services de mobile money ont traité 2 100 milliards de dollars de transactions en 2025. Le secteur atteint aussi 2,3 milliards de comptes enregistrés, dont 593 millions de comptes actifs sur trente jours. La valeur des transactions a doublé en quatre ans après avoir mis près de deux décennies à atteindre son premier trillion annuel.

Cette progression ne vient pas seulement de l’ouverture de nouveaux comptes. Elle traduit aussi une utilisation plus régulière des wallets existants. Le taux d’activité mensuel mondial atteint 25,7 %, son niveau le plus élevé depuis 2021, même si près des trois quarts des comptes restent encore inactifs à l’échelle mensuelle.

Du transfert d’argent au paiement quotidien

Le mobile money s’est d’abord imposé par le transfert de personne à personne. Son centre de gravité se déplace vers les usages marchands et les services financiers intégrés. La GSMA relève notamment une forte croissance des paiements marchands, évalués à 155 milliards de dollars en 2025.

Cette évolution intéresse directement les opérateurs télécoms. Les wallets ne sont plus de simples extensions commerciales du réseau mobile : ils deviennent des plateformes transactionnelles, avec des enjeux d’interopérabilité, de conformité, de cybersécurité, de fraude et d’accès aux données de paiement.

Afrique, MENA et Maroc : l’enjeu de l’usage réel

L’Afrique subsaharienne demeure le principal moteur de croissance du secteur, selon la GSMA. Mais la question posée aux marchés moins avancés en mobile money, y compris en Afrique du Nord, n’est pas seulement celle du nombre de comptes ouverts. Elle porte surtout sur l’usage actif, l’acceptation marchande, les coûts de transaction et la confiance des utilisateurs.

Pour le Maroc, où le paiement mobile n’a pas encore pris l’ampleur observée en Afrique de l’Est, le signal est clair : la bataille ne se joue pas uniquement dans le lancement de wallets, mais dans la création d’un écosystème utilisable au quotidien. Sans réseau d’acceptation dense, interopérabilité fluide et expérience simple, le mobile money reste un produit disponible plutôt qu’un réflexe de paiement.

La fraude et la fiscalité restent des freins

Le rapport souligne aussi deux fragilités. La fraude reste répandue dans plusieurs marchés, tandis que certaines taxes sur les transactions peuvent pousser les utilisateurs à revenir au cash. Pour les régulateurs, l’arbitrage est délicat : sécuriser les flux et protéger les consommateurs sans renchérir l’usage au point de freiner l’inclusion financière.

Le mobile money entre ainsi dans une phase plus exigeante. La croissance brute ne suffit plus. Les prochains gains dépendront de la qualité de l’écosystème : interopérabilité, acceptation marchande, lutte contre la fraude, intégration avec les services publics et capacité des opérateurs à transformer les wallets en services financiers réellement utilisés.

Sources

T
Auteur
Telecoms.ma

Journaliste spécialisé en télécommunications et technologies numériques couvrant le Maroc et la région MENA.

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