Au Gabon, la couverture mobile ne suffit pas encore à faire entrer la majorité de la population dans l’internet mobile. La GSMA, organisation mondiale de l’écosystème mobile, estime que des réformes ciblées pourraient connecter environ 190 000 personnes supplémentaires d’ici 2031.
Dans un rapport publié le 28 octobre dernier, l’organisation relève que quatre Gabonais sur dix utilisent aujourd’hui l’internet mobile, alors que la 4G couvre 95 % de la population. L’écart tient donc moins à l’absence de réseau qu’au coût des terminaux, aux usages et à l’accès aux services numériques.
Le prix du smartphone au centre du problème
Chez les ménages situés dans les 40 % les plus pauvres, 83 % des adultes possèdent un téléphone, mais environ la moitié seulement disposent d’un smartphone. La taxe sur la valeur ajoutée appliquée aux smartphones atteint 18 %, contre 10 % pour les ordinateurs portables et de bureau, selon le rapport.
La GSMA recommande de réduire la fiscalité sur une catégorie clairement définie de smartphones d’entrée de gamme et de développer des mécanismes de financement plus souples. Elle invite aussi les fabricants, les fournisseurs de composants, les opérateurs et les partenaires financiers à agir sur les coûts.
Des services publics pour créer la demande
Le rapport met également l’accent sur les usages. La numérisation des bureaux de douane et la plateforme fiscale Digitax constituent, pour le Gabon, des bases à étendre. La GSMA préconise de donner la priorité aux services utilisés par les ménages à faibles revenus dans les villes petites et moyennes, en simplifiant les démarches avant leur mise en ligne.
Le mobile money offre déjà un point d’appui : 62 % des adultes détiennent un compte de paiement mobile. L’enjeu est de transformer cette base en usages réguliers pour les démarches administratives, la santé, l’éducation et les paiements du quotidien.
Un effort fiscal et réglementaire à arbitrer
Les opérateurs supportent actuellement des prélèvements sectoriels équivalant à 11 % de leur chiffre d’affaires brut. La GSMA propose de les ramener progressivement à 3 %, tout en demandant une simplification du régime de frais et, à terme, des mesures fiscales pour certaines infrastructures numériques, notamment les data centers.
L’organisation appelle aussi à publier une feuille de route du spectre, les comptes du fonds de service universel et les textes d’application encore attendus dans les communications électroniques, les transactions électroniques et la cybersécurité. La couverture 4G rurale reste de 70 %, ce qui maintient un besoin d’investissement dans les zones moins denses.
La GSMA estime que ces mesures pourraient s’autofinancer dès 2028 et générer un gain net d’environ 63 milliards de francs CFA de recettes publiques annuelles à l’horizon 2031. Ces projections relèvent du modèle présenté par l’organisation : leur réalisation dépendra des arbitrages fiscaux, de l’exécution réglementaire et de la capacité des acteurs à réduire effectivement le coût d’accès.
Sources
Journaliste spécialisé en télécommunications et technologies numériques couvrant le Maroc et la région MENA.