La Côte d’Ivoire lance deux nouveaux programmes pour accompagner 15 startups et 15 PME tech pendant deux ans. Objectif : structurer une génération d’entreprises numériques capables de lever des fonds, gagner des marchés et soutenir la transformation digitale du pays.
La Côte d’Ivoire renforce son dispositif d’accompagnement des entreprises technologiques. Le ministère de la Transition numérique et de l’Innovation technologique a lancé, le 29 juillet à Abidjan, deux programmes baptisés Ivoire Tech Next 15 et Ivoire Tech Scale Up. Le premier cible 15 startups innovantes, tandis que le second vise 15 PME numériques plus matures. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 13 septembre et les entreprises sélectionnées bénéficieront d’un accompagnement de 24 mois.
L’initiative est intéressante parce qu’elle distingue clairement deux niveaux de maturité. Ivoire Tech Next 15 s’adresse aux startups en activité depuis au moins un an et disposant déjà d’un produit ou d’un service commercialisé. Il ne s’agit donc pas d’un programme d’idéation, mais d’un dispositif destiné à aider des projets déjà lancés à structurer leur croissance. Ivoire Tech Scale Up, de son côté, cible des PME tech plus avancées, avec un chiffre d’affaires moyen d’au moins 500 millions de FCFA sur les trois à cinq dernières années. L’objectif est de les aider à franchir un palier : levée de fonds, accès aux marchés, croissance commerciale et expansion.
Le gouvernement ivoirien affiche une ambition financière claire : mobiliser entre 5 et 10 milliards de FCFA auprès de banques, fonds d’investissement et bailleurs. L’accompagnement prévu combine mentorat, renforcement des capacités, mise en relation avec des investisseurs et facilitation de l’accès aux marchés. Les entreprises les plus prometteuses devront ensuite présenter leur projet devant un jury international indépendant, chargé de sélectionner les bénéficiaires les plus solides.
L’annonce ne se limite pas aux accélérateurs. Les autorités ivoiriennes ont également dévoilé Ivoire Gov Tech Lab, une plateforme destinée à rapprocher les administrations publiques et les entreprises numériques. Les projets de transformation digitale de l’État y seront publiés, permettant aux startups et PME de proposer directement leurs solutions. Ce point est central : dans beaucoup d’écosystèmes africains, les startups ne manquent pas seulement de financement, mais aussi de premiers marchés, de références clients et d’accès aux grands donneurs d’ordre publics ou privés.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie numérique plus large. Lors de l’African Digital Week 2026, le ministre Djibril Ouattara a présenté une vision de transformation digitale à l’horizon 2035, structurée autour de sept piliers et 40 projets. Les priorités citées incluent la connectivité, la transformation digitale de l’administration, l’innovation, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les compétences numériques et la modernisation de la Poste. La même logique apparaît dans les Journées du Droit numérique 2026, où le gouvernement a insisté sur la nécessité de bâtir un numérique de confiance, sécurisé et respectueux des droits.
La Côte d’Ivoire cherche ainsi à passer d’un écosystème d’innovation dispersé à une logique plus industrielle. Les startups ne sont plus seulement présentées comme des vitrines lors d’événements internationaux ; elles deviennent des instruments de transformation économique. Déjà en juin, une délégation de 20 startups et 10 PME ivoiriennes était attendue à VivaTech 2026 à Paris, dans des secteurs comme la fintech, l’éducation, la santé, l’IA, la logistique, les solutions climatiques, la culture et les services aux entreprises. Le message gouvernemental était explicite : transformer les idées en entreprises et les talents en champions nationaux.
Pour les pays africains, cette approche pose une question importante : comment créer des champions numériques locaux sans les limiter à leur marché domestique ? Un accélérateur de 24 mois peut aider à structurer la gouvernance, le modèle économique, la levée de fonds et l’accès aux marchés. Mais le vrai test sera celui de l’exécution : qualité des startups sélectionnées, capacité à signer des contrats, accès réel aux financements, suivi après le programme et ouverture vers les marchés régionaux. Sans débouchés commerciaux, même les meilleurs programmes d’accompagnement risquent de rester institutionnels.
Pour le Maroc, l’expérience ivoirienne est à suivre de près. Le Royaume dispose déjà d’acteurs d’accompagnement, d’une stratégie numérique nationale, d’un réseau de Technoparks, d’événements comme GITEX Africa et d’un écosystème startup en progression. Mais le défi reste comparable : faire émerger des entreprises capables de passer du prototype au produit, du produit au marché, puis du marché local à l’expansion africaine. L’exemple ivoirien rappelle qu’un écosystème startup ne se développe pas seulement avec des hackathons ou des appels à projets, mais avec des mécanismes durables d’accès au financement, aux clients publics, aux grands groupes et aux marchés internationaux.
La création d’Ivoire Tech Next 15 et d’Ivoire Tech Scale Up confirme une tendance continentale : les États africains veulent désormais organiser plus activement la croissance de leurs champions numériques. La prochaine bataille ne portera pas seulement sur le nombre de startups créées, mais sur leur capacité à devenir des entreprises solides, exportables et utiles à la transformation des économies nationales.
Elmehdi Erroussafi est consultant télécom et cybersécurité, fondateur de PRISALYA Consulting et éditeur de telecoms.ma. Il accompagne les acteurs du numérique sur les enjeux de fraude, revenue assurance, data analytics, IA et confiance digitale au Maroc et en Afrique.