Le Maroc a confié à Ahmed Rahhou un portefeuille qui réunit l’intelligence artificielle, la transformation numérique et la Réforme de l’Administration. Nommé le 16 octobre dernier, le nouveau ministre prend ses fonctions alors que plusieurs programmes publics cherchent encore leur traduction opérationnelle.
La composition publiée par Maroc.ma et recoupée par la MAP établit l’intitulé du ministère et la nomination d’Aïcha Guellaa comme ministre déléguée chargée de la Réforme de l’Administration. Elle ne précise pas, à ce stade, la répartition détaillée des compétences, les moyens du département ou son articulation avec les autorités existantes.
Un périmètre politique, pas encore réglementaire
Le nouveau portefeuille place dans une même séquence politique des sujets qui touchent directement les opérateurs et les fournisseurs numériques : données publiques, services en ligne, capacités de calcul, cloud, cybersécurité et usages de l’IA dans l’Administration. La nomination ne crée toutefois pas, à elle seule, de pouvoir réglementaire nouveau.
Le point de vigilance concerne notamment l’articulation avec l’ANRT, l’Agence nationale de réglementation des télécommunications, ainsi qu’avec les organismes chargés de la protection des données et de la cybersécurité. Les textes d’organisation et les premières décisions du ministère devront préciser les responsabilités de chacun, en particulier lorsqu’un projet combine réseaux, hébergement de données et services d’intelligence artificielle.
La continuité de Maroc IA 2030
Le changement intervient après la présentation, le 9 septembre dernier, des avancées de la feuille de route « Maroc IA 2030 ». Le ministère alors chargé de la Transition numérique avait présenté cette étape comme une phase de mise en œuvre, avec des dispositifs et des solutions destinés à développer des capacités nationales et des usages publics de l’intelligence artificielle.
Le nouveau ministère devra donc reprendre des chantiers déjà engagés, plutôt que partir d’une page blanche. La stratégie « Maroc Digital 2030 » et la feuille de route « AI Made in Morocco » ont aussi servi de cadre au partenariat annoncé le 30 septembre dernier entre l’ancien ministère de la Transition numérique et Mistral AI, start-up française spécialisée dans les modèles d’intelligence artificielle. Les premières réalisations annoncées ont été mises à disposition en open source, sans que cette annonce ne définisse le périmètre administratif du nouveau département.
Les décisions qui permettront de mesurer la portée
Pour les acteurs du secteur, les prochains signaux seront moins institutionnels que pratiques : organisation des directions, priorités budgétaires, doctrine sur les données publiques, choix d’hébergement et modalités de déploiement dans les services de l’État. La cybersécurité et la résilience des infrastructures feront également partie des sujets à clarifier si les projets d’IA doivent passer à l’échelle.
La nomination d’Ahmed Rahhou redessine ainsi le centre de gravité de la politique numérique marocaine. Elle fixe un responsable et un périmètre politique. Elle ne vaut pas encore feuille de route détaillée : cette dernière devra être établie par les textes, les arbitrages budgétaires et les décisions d’exécution.
Sources
- Maroc.ma — nomination des membres du nouveau gouvernement, 16 octobre 2026
- MAP — composition du nouveau gouvernement, 16 octobre 2026
- Maroc.ma — avancées de la feuille de route « Maroc IA 2030 », 9 septembre 2026
- Maroc.ma — partenariat entre le ministère de la Transition numérique et Mistral, 30 septembre 2026
- ANRT — site institutionnel de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications
- Photo : Pilecka, « Rabat - building of parlament », Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
Journaliste spécialisé en télécommunications et technologies numériques couvrant le Maroc et la région MENA.