Réussir le déploiement FTTH : la clé pour accélérer la fibre au Maroc
Le Maroc entre dans une nouvelle phase du développement de ses infrastructures télécoms. Alors que le déploiement de la fibre jusqu'à l'abonné (FTTH) s'accélère, l'enjeu n'est plus seulement d'étendre la couverture fibre, mais de construire des réseaux qui puissent être déployés efficacement, documentés avec précision et exploités durablement.
L'opportunité est considérable. Le plan national de la fibre vise à équiper 5,6 millions de foyers en FTTH d'ici 2030, tandis que le Maroc accélère également le déploiement de la 5G et poursuit l'amélioration de la connectivité dans les zones où les infrastructures terrestres restent plus difficiles à déployer. Parallèlement, le partage des infrastructures prend une place croissante dans le développement du marché.
Pour les opérateurs télécoms et les gestionnaires d'infrastructures, une nouvelle question se pose donc : comment déployer la fibre rapidement tout en maîtrisant les coûts et en garantissant que les réseaux construits puissent être exploités et étendus efficacement dans la durée ?
La réponse dépend de plus en plus de la qualité des informations qui se trouvent derrière le réseau.
La FTTH devient une priorité stratégique pour les infrastructures télécoms
La fibre remplace progressivement les infrastructures cuivre historiques grâce à sa capacité supérieure, sa fiabilité et sa faible latence. Mais un déploiement FTTH ne consiste pas simplement à installer des câbles.
Chaque nouvelle connexion crée une infrastructure physique qui doit être planifiée, construite, documentée et maintenue. Fourreaux, câbles, chambres, armoires, bâtiments, adresses et raccordements doivent pouvoir être identifiés et représentés avec précision.
À l'échelle mondiale, les opérateurs télécoms sont déjà confrontés à une pression croissante pour améliorer l'efficacité de leurs opérations. Les travaux de McKinsey sur l'avenir des opérateurs télécoms mettent notamment en évidence la nécessité d'améliorer les performances opérationnelles dans un contexte où les modèles économiques des réseaux évoluent.
À mesure que le Maroc étend sa couverture FTTH, cette exigence devient de plus en plus importante. À grande échelle, de petites inefficacités peuvent rapidement représenter des coûts significatifs lorsqu'elles se répètent sur des milliers, voire des millions de raccordements.
La question n'est donc plus seulement de savoir si la fibre deviendra une infrastructure stratégique pour le Maroc. L'enjeu porte aussi sur la capacité à la déployer et à l'exploiter efficacement à grande échelle.
Le PNI pour une bonne connaissance du réseau physique dès le départ
Un déploiement FTTH réussi commence par une planification précise.
Les opérateurs doivent savoir où se trouvent les fourreaux, poteaux et autres infrastructures existantes, comment les câbles peuvent être acheminés, où sont installées les armoires et autres équipements réseau et quels bâtiments et logements peuvent être raccordés.
Des informations de terrain incomplètes ou incorrectes peuvent entraîner des erreurs de conception, des déplacements inutiles sur site, des retards de construction ou des reprises coûteuses. Elles peuvent également créer des difficultés plus tard, lorsque les équipes d'exploitation doivent localiser des actifs, préparer des interventions de maintenance ou planifier de nouveaux raccordements.
À mesure que les réseaux fibre se développent, la qualité de leur documentation devient donc un élément de l'efficacité économique du déploiement, et non plus une simple exigence administrative.
C'est précisément le rôle d'un Physical Network Inventory (PNI), ou inventaire physique du réseau.
Un PNI fiable fournit une représentation numérique structurée du réseau physique. Il relie les informations relatives aux actifs à leur localisation géographique et à leurs relations avec les autres éléments du réseau, permettant ainsi aux équipes de travailler à partir d'une vision commune de l'infrastructure.
Cette approche devient particulièrement importante lorsque les déploiements impliquent plusieurs projets, prestataires et zones géographiques.
Le partage des infrastructures renforce l'importance des données réseau
Le Maroc évolue également vers un modèle dans lequel le partage des infrastructures télécoms occupe une place croissante.
En avril 2025, l'ANRT a approuvé les offres techniques et tarifaires relatives au partage des infrastructures FTTH actives des trois principaux opérateurs du pays. Ce cadre définit les conditions techniques, opérationnelles, contractuelles et tarifaires permettant à des opérateurs commerciaux d'utiliser des infrastructures FTTH actives partagées.
Parallèlement, le partage des infrastructures passives se développe également. Maroc Telecom a annoncé la création de Uni Fiber et Uni Tower avec inwi. Uni Fiber prévoit notamment de déployer un million de prises FTTH en deux ans et trois millions en cinq ans.
Cette évolution renforce le rôle des données réseau.
Lorsque plusieurs acteurs utilisent une même infrastructure, ils doivent disposer d'une compréhension cohérente du réseau physique. Ils doivent pouvoir connaître les capacités disponibles, les itinéraires, les fourreaux, les câbles, les points de raccordement et les différents équipements.
Un PNI précis peut ainsi contribuer non seulement au déploiement, mais aussi au partage des infrastructures, à la gestion des capacités et aux extensions futures du réseau.
Plus le nombre d'acteurs qui dépendent d'une même infrastructure augmente, plus il devient important de disposer d'une source d'information réseau cohérente et fiable.
Passer du déploiement de la fibre à un processus numérique évolutif
L'étape suivante consiste à connecter la planification du réseau aux processus utilisés pour construire et exploiter l'infrastructure.
Les processus traditionnels peuvent s'appuyer sur plusieurs systèmes, tableurs, plans et échanges manuels entre équipes d'ingénierie, prestataires et équipes d'exploitation. Chaque transfert d'information crée un risque d'erreur ou d'utilisation de données qui ne sont plus à jour.
Une approche plus intégrée permet de réunir les informations physiques et logiques du réseau et de connecter la planification aux étapes suivantes du cycle de vie.
Avec Octave NetWorks, les organisations télécoms peuvent gérer les informations relatives aux réseaux physiques et logiques à partir d'une représentation commune de l'infrastructure.
Cette approche peut permettre de connecter davantage les différentes étapes du processus :
- Planifier les tracés et les architectures fibre
- Vérifier les infrastructures existantes et les capacités disponibles
- Concevoir les raccordements et les équipements réseau
- Accompagner les activités de construction sur le terrain
- Enregistrer les modifications réalisées pendant le déploiement
- Maintenir des données de récolement précises
- Réutiliser les données réseau mises à jour pour l'exploitation et les futures extensions
Cette approche est particulièrement pertinente alors que le marché marocain de la fibre change d'échelle. Au-delà de produire davantage de données réseau, il s’agit de rendre ces données utiles tout au long du cycle de vie de l'infrastructure.
FTTH et 5G : deux technologies, une même logique d'infrastructure
La FTTH et la 5G sont souvent présentées comme deux technologies distinctes. Pourtant, elles reposent de plus en plus sur une même logique de planification des infrastructures.
Le déploiement de la 5G au Maroc ajoute une nouvelle dimension à la planification des réseaux. Les réseaux mobiles nécessitent d'importantes infrastructures de fibre pour le transport et le backhaul, tandis que la FTTH exige une planification détaillée des réseaux d'accès et des raccordements.
La stratégie de connectivité du Maroc ne repose donc pas sur une seule technologie. La fibre, les réseaux mobiles et les solutions satellitaires peuvent chacun répondre à des besoins différents selon les zones et les usages.
Les autorités marocaines ont identifié à la fois la FTTH et la 5G comme des priorités majeures de connectivité, avec un objectif de 5,6 millions de foyers équipés en FTTH à l'horizon 2030 et la poursuite de l'extension de la couverture 5G. Les solutions satellitaires sont également utilisées lorsque le déploiement d'infrastructures terrestres est plus difficile.
Dans ce contexte, disposer d'un modèle cohérent des infrastructures devient de plus en plus utile. Les opérateurs doivent pouvoir comprendre non seulement leurs différents réseaux, mais aussi la manière dont les différentes couches d'infrastructure interagissent.
Une meilleure visibilité sur le réseau peut contribuer à identifier les actifs existants, éviter certaines duplications d'infrastructures et mieux planifier les investissements futurs.
Un avantage construit grâce à une meilleure exécution
À mesure que la couverture FTTH progresse au Maroc, l'efficacité du déploiement deviendra de plus en plus importante.
Le coût du raccordement d'un seul logement peut sembler maîtrisable. À l'échelle de centaines de milliers ou de millions de raccordements, de petites inefficacités peuvent cependant avoir un impact financier significatif.
Des données réseau précises peuvent contribuer à réduire les interventions terrain évitables, améliorer la précision des études et donner une meilleure visibilité sur les infrastructures existantes. Elles peuvent également faciliter les évolutions futures du réseau, puisque les équipes disposent d'une base d'information actualisée.
La valeur d'un réseau bien documenté ne se limite donc pas au déploiement initial.
Une infrastructure correctement documentée devient un actif pour les extensions futures, la maintenance, le partage d'infrastructures et l'introduction de nouveaux services.
Cet enjeu est particulièrement important dans un marché où le partage des infrastructures se développe. Lorsque plusieurs opérateurs ou fournisseurs de services utilisent une même infrastructure physique, la capacité à comprendre et à gérer cette infrastructure sous forme numérique devient de plus en plus importante.
Préparer l'avenir grâce à une exécution plus intelligente
La prochaine phase du développement de la fibre au Maroc ne se mesurera pas uniquement au nombre de kilomètres de fibre installés ou au nombre de foyers pouvant techniquement être raccordés.
Il s'agira également de construire l'infrastructure informationnelle qui permettra au réseau physique de continuer à évoluer avec elle : planifier, construire, documenter et exploiter les réseaux de manière efficace.
Un déploiement FTTH à grande échelle nécessite plus que des compétences d'ingénierie et des capacités de construction. Il nécessite une information fiable sur le réseau lui-même.
En associant des données précises de Physical Network Inventory à des processus numériques de planification et de gestion des réseaux, les opérateurs télécoms peuvent créer une base plus solide pour la prochaine étape du développement de la connectivité.
Au Maroc, où FTTH, 5G et partage des infrastructures évoluent en parallèle, cette base numérique peut contribuer à transformer les programmes de déploiement actuels en réseaux plus faciles à exploiter, à étendre et à faire évoluer demain.
Sources :
Objectif de 5,6 millions de foyers FTTH à l’horizon 2030 :
Décision de l’ANRT sur le partage des infrastructures FTTH :
Objectifs de Uni Fiber :
https://www.iam.ma/en/w/groupe-maroc-telecom/maroc-telecom-et-inwi-annoncent-uni-fiber-uni-tower
Référence McKinsey :
Journaliste spécialisé en télécommunications et technologies numériques couvrant le Maroc et la région MENA.